Vendredi 20 Juil 2007
Le standard.
Par Manchotte., Vendredi 20 Juil 2007 à 21:54 GMT+2 dans Le jour où j'ai été caissière.
Parce qu'à Gibert nous sommes Caissière A Tout Faire.
Et qu'en plus ça rime.
Or donc, chaque caisse possède un téléphone, qui est un standard. Ce qui nous fait trois téléphones, pour trois caissières (qui encaissent, donc entre deux coups de fil), pour je ne sais quelles dizaines (voire la centaine dans les bons jours?) de clients qui appellent.
Alors on s'y fait très vite au standard : "Gibert Lyon, bonjour !" et puis on attend que le client fasse sa demande (de quoi d'ailleurs ? Lui même le sait très peu en général).
Ensuite il faut s'habituer à ce qu'on appelle les "transferts". Donc comme son nom l'indique le transfert c'est lorsqu'on transfère un appel émis au standard, vers le téléphone d'un vendeur quelconque en rayon.
Enfin quelconque, quelconque...pas si quelconque que cela, c'est bien pour ça que chaque rayon à son (ou ses en fonction de son importance) vendeur(s) attitré(s).
Donc quand un client nous demande un rayon - littérature par exemple, ou évoque quelque chose de flou susceptible d'être dans un rayon - Proust donc, histoire de faire toujours dans le rayon littérature, nous transférons l'appel vers ledit rayon.
Souvent, l'appelant est tout guilleret ("Ah bonjour, je vous appelais pour un renseignement !") et lorsque nous lui demandons quel rayon celui-ci désire joindre, pour ensuite renchérir que "très bien Monsieur, Madame, je vous passe le rayon littérature", le ton est de suite plus renfrogné ("ah...merci...").
Bien sûr, il y a les irréductibles têtus, qui lorsque nous annonçons le fatidique "très bien Monsieur, Madame, je vous passe le rayon littérature", insistent : "non mais vraiment, vous ne pouvez pas me renseigner ?". A ceux-ci j'ai toujours eu la furieuse envie de répondre: si en fait je pourrais vous renseigner, mais j'ai pas envie, votre voix ne me revient pas. C'est vrai quoi.
S'ensuite alors une courte (très souvent) joute toujours respectueuse (quand même) verbale : de mon côté j'insiste pour dire que je suis à la caisse et donc dans l'impossibilité de pouvoir répondre à la demande que l'on me fait, que je ne suis pas vendeuse en rayon littérature et que je ne connais donc pas les titres disponibles, à quel prix, pas même que je peux faire une commande ou telle autre demande (tiens, bancale cette phrase, l'auteure s'auto-excuse). Très souvent, l'insistance du client, de même que son incompréhension (compréhensible au demeurant, car j'avoue que c'est quand même particulier l'organisation de cette entreprise), persistent, mais finalement il capitule, et le rayon littérature prend le relais, le temps de transférer l'appel.
La standardiste a vaincu.
Nous avons quand même quelques colériques, surtout parmis ceux qui veulent revenir pour revendre leurs livres, et ne comprennent pas qu'à la caisse on encaisse et qu'on ne peut absolument pas leur dire quel livre est susceptible d'être racheté ou non, car tout est informatisé, qu'il nous faut le code barre, et que même si "mais si vous voulez je vous les dicte!" (à ceux-ci j'ai envie de leur dire qu'ils viennent s'amuser derrière la caisse à taper manuellement chaque code barre qu'on leur dicte dans la journée), rien à faire, non c'est non, il existe un service achat et la caisse est une caisse, pas le service achat, donc "je vous prie de m'excuser Madame, mais il m'est vraiment impossible de vous donner une autre réponse que celle que je vous ai déjà faite : il faut venir vous même avec vos livres, et c'est sur place que nous déterminons les achats".
Il y a les appelants que j'adore, ceux qui connaissent le standard, connaissent bien la boîte, ou ont bien retenus les indications des vendeurs lorsque ceux-ci demandent à ce qu'on les rappellent, j'ai nommé les appellants-qui-savent-vraiment-où-ils-veulent-être-dirigés : "Bonjour, je vous appelle car j'aimerai avoir le rayon littérature s'il vous plait".
Là c'est un bonheur d'une part parce que l'appel est court (moins de vingt secondes) et que donc on peut encaisser tranquillement (parce qu'après tout, c'est ce pourquoi je suis payée), mais aussi parce que je suis vraiment une quiche au téléphone.
Ce qui est amusant c'est que mine de rien, même en quelques secondes téléphoniques, on peut déjà cerner certaines choses chez l'interlocuteur. Je pense à cette dame qui nous appelait, et dont j'entendais pas la moitié de ce qu'elle me disait, car un môme arrêtait pas de pleurer derrière et que l'on entendait un autre lui crier dessus (au môme qui pleurait, pas à la dame). Ou encore au bruit de la rue que l'on entend derrière.
Enfin, pour terminer, j'ai quand même quelques perles à partager avec vous, bien sûr elles ne sont pas aussi savoureuses sans vécu, mais à mes yeux elles valent leur pesant d'or :
Client n°1 : "bonjour, vous vendez des articles ?"
(non, mais maintenant que vous le suggérez, on l'envisagera peut être à l'avenir !)
Client n°2 : "bonjour, je suis bien chez Planète Saturn.
Réponse négative bien entendu. Mais le meilleur reste à venir : " et vous n'auriez pas leur numéro par hasard ?"
(il nous a certainement confondu avec les pages jaunes)
Concernant le client n°3 (qui arrive d'ici quelques mots), il faut savoir que lorsque vous appelez la boutique, avant que quelqu'un décroche, un disque se lance et énonce les adresses et horaires d'ouverture de la boutique.
Client n°3 : bonjour, je vous appelais pour avoir vos horaires d'ouverture.
Ce à quoi je réponds 10h-19h15 sans interruption, du lundi au samedi (parce que j'ai bien appris ma leçon).
Et le client n°3 de répondre : ok, c'était pour être sûr que ceux du disque n'étaient pas erronés.
(un premier avril toute l'année, ce serait un peu lourd...)
Le client n°4 qui va suivre était certainement un peu schizo (ou avait la maladie d'Alzheimer, au choix).
Client n°4 : Bonjour...Euh...je voudrais vendre ma collection de euh...Dragon Ball, et je voudrais savoir si vous les ....euh...rachetiez ?
Alors là, laïus habituel, puis l'appel se termine.
Une à deux heures plus tard, le même : Bonjour...Euh...je voudrais vendre ma collection de euh...Dragon Ball, et je voudrais savoir si vous les ....euh...rachetiez ?
Histoire de ne froisser aucune suscepitbilité, j'ai fais mon idiote, et j'ai réitéré mon premier laïus. On sait jamais d'ici à ce qu'il s'agisse d'un toqué qui ait besoin de répéter le même rituel deux fois de suite pour se sentir mieux !
En fait, ca ne fait que quatre perles, mais personnellement, je ne m'en lasse pas ! (Qui a dit que la vie d'une caissière était monotone ?)
A suivre (oui parce que maintenant j'ai décidé de donner un rythme sériel à cette catégorie, parce que je le veux bien !) : "je joue les prolongations!".


















