Il y a maintenant un peu plus de cinq mois, j'ai pris quelques affaires avec moi, un gros chat et mon manteau, et je suis partie.
J'ai laissé derrière moi Lyon, et toute une vie.
Je suis arrivée à Mont Saint Aignan, toujours avec mon gros chat sous le bras, et nous nous sommes installés tous les deux chez Vi. et son frère.
Les débuts furent difficiles.
La suite fut meilleure.
Parfois il y a eu des rechutes, entre nous deux, entre nous trois, et j'ai même détesté mon gros chat (qui a déchiré toutes les tapisseries de l'entrée).
Nous avons - enfin légalement, j'ai - pris un deuxième chat. Une petite femelle. Et le gros chat a arrêté de déchirer la tapisserie.
Nous avons fais le tri dans les affaires qui restaient ici, acheté quelques meubles, changé de place d'autres meubles, mis au débarras ceux qui étaient branlants.
Nous avons emménagé par le vide, car plus le temps passe, moins il y a de choses dans l'appartement.
C'est comme en suspens. C'est comme si nous allions partir.
Car Vi. et moi rêvons d'ailleurs.
Lui, l'architecte, de la grande maison qu'il aura faite faire, et moi d'un home-sweet-home cosy dans lequel je puisse ronronner de bonheur.
Des meubles disparaissent encore du paysage de notre intérieur, pour laisser place à la place. Je veux de l'espace, je veux de l'aérer, une petite bulle épurée.
Vi. me laisse faire, il m'aide même et sait que cela me fait beaucoup de bien de marquer de mon empreinte ces lieux que nous partageons.
J'ai jeté mon ancre à Mont Saint Aignan dans cet appartement il y a un peu plus de cinq mois maintenant, et je sais que ma vie ne serait plus pareille si je revenais à Lyon.
Ce blog parle de temps en temps de cette Manchotte exilée en Normandie. Celle-ci se plaint souvent du mauvais temps (cette pluie, oh cette pluie !), des gens pas aimables de son immeuble, de ses chats toujours malades (tiens, d'ailleurs la dernière en date c'est une conjonctivite qui m'a coûté 88 euros), et même de son copain qui est un gros lourd quand il le veut bien (cf les billets sur le tricheur et le tricheur bis).
Mais au présent, la Manchotte vous dira simplement que sa place n'est plus là où elle a été, mais là où elle est.
Qu'aujourd'hui elle est sortie juste le temps de poster une lettre, et qu'elle a savouré le vent légèrement frais, plus printanier qu'hivernal, le soleil blanc qui caressait sa joue, le calme de l'endroit où elle vivait. Et que bien que parfois l'absence de vie très active à Mont Saint Aignan, que bien que les tours qui fleurissent l'endroit, la déprime parfois...
...Elle n'avait pas jusqu'alors profité d'un tel bien être avant, d'être juste là où elle était, à poster une lettre. Dans sa ville.