Vendredi 30 Nov 2007
Fille à lunettes.
Par Manchotte., Vendredi 30 Nov 2007 à 18:04 GMT+2 dans Je
Un papa astigmate (et myope?), une maman myope comme une taupe, des grands parents eux aussi binoclards, bref c'était dans nos gênes (Sarkozy aurait-il raison?).
A l'âge de cinq ans, je me suis vue affublée d'une paire de lunettes très colorée, parce qu'elle avait été choisie par ma mère, et que ma mère, les couleurs elle aime. L'une des branches était rouge, l'autre verte, et la monture principale jaune. A moins que ce ne soit l'inverse. Mais les couleurs c'étaient bien celles-là ! Et puis partout sur la monture, il y avait des petites notes de musiques blanches.
L'anti-classe total quoi. Mais avec le recul je me dis que je les aimais bien, elles étaient rigolotes ces lunettes. Elles avaient même une histoire, car une fois ma (petite) soeur m'a fichue une baffe au cours d'une dispute, et une branche a a été abimée. Je me souviens qu'elle s'est prise elle aussi une baffe de la part d'un de mes parents, sauf qu'elle n'avait pas de lunettes, donc rien de cassé, juste une joue un peu rouge.
Je ne sais plus quand. A mon entrée de collège peut être. Nouvelle paire de lunettes : montures rondes, et couleur bleu foncé. Avec le recul, je me dis que je les détestais. Elles m'ont suivies jusqu'au lycée. Puis au lycée, je me souviens d'une dispute mémorable entre mes parents, car les verres avaient coûtés 600 euros. J'avais une nouvelle paire de lunettes, elles étaient pas tout à fait rectangulaires, et de couleur prune.
L'année de ma licence, et celle de la rupture, j'ai demandé une nouvelle paire de lunettes. Je les porte actuellement. Elles étaient sacrément moins cheres que la paire précédente, et me plaisaient encore plus.
Choisir une paire de lunettes est toujours quelque chose de délicat. Quand j'étais petite, je me souviens que je supportais mes lunettes, plus que je ne concevais leur véritable utilité. Il faut dire que je n'étais pas aussi myope que maintenant. Dès qu'elles m'insupportaient, ou me complexaient de trop -c'est à dire trop souvent- je ne mettais pas mes lunettes. Je n'ai fais qu'aggraver mon cas. Et remporter beaucoup de maux de tête à trop forcer sur mes yeux.
Un enfant qui porte des lunettes, je le regarde à la fois attendrie, et à la fois avec un petit peu de pitié. Attendrie, car je trouve cela vraiment mignon un môme affublé de lunettes. Un peu de pitié car je me demande toujours s'il souffrira des quolibets que beaucoup de personnes qui portent de lunettes ont du essuyer (au collège j'étais non seulement binoclarde, mais aussi plate comme une limande, acnéique à souhait et régulièrement première de la classe, ce qui n'arrangeais pas mon cas). Parce que si les lunettes ne ressemblent désormais plus aux culs de bouteille d'antan, il n'en reste pas moins qu'un enfant à lunettes, c'est un enfant différent (tout comme quelqu'un de roux, par exemple, mais les exemples sont variés, ca peut toucher le poids aussi, et l'origine ethnique, ou sociale, bref plein de choses, on m'a même fait remarquer que j'écrivais pas de la même main que les autres, car j'étais la seule gauchère dans une de mes classes en primaire). Les enfants ne sont pas des anges, et je n'ai jamais compris que l'on prête à l'enfance la vertu de l'Innocence.
J'ai appris en grandissant à apprécier le fait de porter des lunettes. Bien entendu, même après tout ce temps passées avec elles au bout de mon nez, je les oublie encore trop souvent (ce qui est très positif !) et me retrouve coincée avec elles dans le col de mes pulls. J'ai appris à apprécier le fait que je n'ai pas une vue parfaite, le 10/10 c'était peut être bon pour moi scolairement, mais mes yeux en avaient décidé autrement. Au lycée, je n'ai pas entendu les moqueries. Soit qu'on n'en faisait pas (je penche pour cette hypothèse), la maturité se faisant un peu plus, soit qu'elles se faisaient très discrètement (je doute qu'on se soit moqué de moi pour mes lunettes, mais plutôt pour mon côté coincé). Cela m'a aidée grandement à assumer ma myopie et mon astigmatie. Et puis j'avais avant même d'entrer au lycée, intégrée l'idée qu'il fallait que j'apprenne à me détacher des clichés qu'on avait sur moi (c'est bien pour cela que je ne me suis pas décoincée une seule seconde pour faire plaisir aux autres en apparence).
Rien à dire de spécial sur mes années fac à Lyon. Au mois de juillet 2006, après une consultation chez l'ophtalmo pour faire un peu le bilan (et toujours négatif le bilan), je me dis que j'aimerai bien franchir un pas de plus. Choisir VRAIMENT mes lunettes. Les prendre pour moi. Pour me faire plaisir. Oui, la notion de plaisir était là. Très présente. J'ai choisi des lunettes qui ressemblent aux précédentes, mais sont un peu plus actuelles dans leur ligne. Maintenant elles ne me plaisent plus du tout, j'aimerai opter pour des montures noires, ou rouges. Les lunettes habillent mon visage, d'ailleurs c'est bien simple : sans, je ne me reconnais plus, je ne me connais pas. De toute façon sans, à moins d'être à 20 centimètres du miroir, je ne me vois pas. Alors, je fais avec. La chose qui m'ennuie le plus dans le fait de porter des lunettes, c'est que pour voir le visage de Vi au réveil, il faut que je mette mes lunettes, ou que je me colle au sien. J'aimerai pouvoir le voir. De loin. Comme "tout le monde". J'aimerai parfois pouvoir apprécier son regard sur moi, sans avoir à porter mes lunettes. Dans les moments intimes, je ne le vois pas non plus, et cela peut m'attrister à l'occasion. Le flou, je ne l'aime qu'en photo. Et encore, quand c'est bien fait.
Pour en revenir proprement parler aux lunettes, je les choisis comme je choisirais un vêtement. Sauf que là, c'est un vêtement permanent, que je dois pouvoir apprécier pour plusieurs années. Et plus les années passent, et plus je suis capricieuse (cela fait moins de deux ans que je porte ces lunettes là), plus je veux changer de lunettes souvent, comme je changerais de chemises.
En magasin, les lunettes je les teste, les déteste, les re-teste, les compare, parfois craque pour une paire, puis constate qu'elle me va mal, alors je passe à la suivante. C'est un peu comme si je cherchais à entrer dans le soulier de Cendrillon : il me faut MA paire, celle qui est faite pour moi, celle qui ne fera pas tache sur mon visage et que j'aimerai car je l'aurais reconnue comme l'élue.
C'est un grand moment, presque sacré, maintenant lorsque je choisis mes lunettes. Autant l'avis des autres m'importe peu quand je choisis un vêtement, autant j'ai besoin de tous les avis que je peux avoir avant d'opter pour une paire de lunettes (et donc en général j'embarque toute la smala avec moi, une vraie diva !).
Après le choix effectué, il y a l'attente...Pour que les lunettes soient pleinement sur mesure, il faut qu'elles soient à ma vue !
Il faut dire que mon plaisir à choisir des lunettes est accrue par les offres qui sont faites à ce niveau là (c'est sympa quand même de pouvoir obtenir des solaires pour juste un peu plus, quand on connait les prix des verres à la vue!), et aussi le choix qui a considérablement grandi ces dernières années. L'idéal pour moi serait d'avoir deux paires de lunettes à ma vue, que je pourrais changer en fonction de mon humeur. J'attends d'économiser pour pouvoir m'offrir ce cadeau. Et puis ce sera une première : la première fois que j'acheterai mes lunettes (jusque là financées par mes parents).
Il y a une grande démocratisation dans le marché de la lunette. Bien sûr celle-ci n'est pas seulement le fait d'opticiens désireux de décomplexer les binoclards, mais aussi par le fait que cela devient un véritable produit de consommation, la paire de lunettes. Et puis, il y a eu aussi un phénomène de mode : fut un temps, la lunette c'était hype. Mais trop hype de chez hype quoi. Des people sans problème de vue se sont mis à porter des lunettes, car ca leur allait bien. Et c'était vrai, souvent. Mon frère (ce grand dadet !) aussi a voulu porter des lunettes parce qu'il trouvait ça chouette (bon, son voeu a été exaucé, on lui a découvert il y a un an une myopie légère). D'un côté j'ai accueilli ce phénomène de mode d'un bon oeil (ah ah, c'était facile), car cela démystifiait le côté "binocles = intello ou bigleux" (mais bon pour autant les vrais binoclards étaient toujours considérés comme binoclards car n'avaient pas le choix de leur situation, tandis que ceux qui portent des lunettes pour le fun sont in).
Il m'est arrivé de penser de porter des lentilles, mais c'était tout récemment. Et l'idée est partie aussi vite qu'elle est venue, car j'ai les yeux trop secs pour que je puisse les supporter. Et il m'est arrivé aussi de me dire que je me ferai opérer les yeux quand j'aurais l'argent et l'âge pour. Ma mère l'avait fait en 2001, a recouvré une vue quasi parfaite une fois l'opération faite. En 2006, se déclarait une maladie très rare, qui lui fait perdre la vue, elle est retombée et encore plus bas qu'avant, plus que 2 à un oeil, et à peine 4 pour l'autre. Et comme je porte aussi cette tâche sur la macula, et que cette même maladie peut se déclarer un jour chez moi (demain, comme dans 30 ans, mais peut être -et je l'espère- jamais), alors j'ai renoncé à ce projet. Et j'ai décidé de m'ancrer encore plus dans mes convictions, que je vous résumerais de façon un peu simplistes : "les lunettes, c'est chouette". Je vous l'avais dis, c'était simpliste, mais ce que je crois profondément aujourd'hui.


















